Fortes chaleurs et canicule dans le BTP
Ne pas sous-estimer le risque !
Depuis toujours la majorité des métiers du BTP se pratiquent en extérieur. Mais les épisodes de chaleur sont aujourd’hui plus fréquents et plus intenses. Le risque n’est donc pas un simple inconfort. Il peut provoquer des malaises, des accidents graves, voire des coups de chaleur. L’objectif n’est pas d’arrêter les chantiers. L’objectif est d’anticiper, d’organiser et de protéger les équipes.
Fortes chaleurs : un risque professionnel à évaluer
La chaleur doit être prise en compte comme un risque professionnel.
Elle peut aggraver la fatigue, réduire la vigilance, augmenter les risques de chute, de malaise ou d’erreur de manipulation.
Depuis le 1er juillet 2025, les obligations des employeurs ont été renforcées. Le risque lié aux épisodes de chaleur intense doit être évalué et intégré dans le DUERP. L’entreprise doit aussi prévoir des mesures de prévention adaptées.
À retenir : la chaleur ne se gère pas au dernier moment. Elle se prépare.
Plus de détails dans l’infographie CAPEB
Surveillez la vigilance Météo France
Les niveaux de vigilance jaune, orange ou rouge doivent conduire l’entreprise à renforcer son organisation. Cela peut justifier de modifier les horaires, de reporter certaines tâches ou de renforcer les pauses. En vigilance orange ou rouge, la situation doit être analysée avec attention.
Certains chantiers peuvent devenir difficilement compatibles avec la sécurité des équipes.
Quatre niveaux de vigilance :
La « vigilance verte » correspond à la veille saisonnière sans vigilance particulière.
La« vigilance jaune » correspond à un pic de chaleur : exposition de courte durée (1 ou 2 jours) à une chaleur intense présentant un risque pour la santé humaine, pour les populations fragiles ou surexposées, notamment du fait de leurs conditions de travail ou de leur activité physique. Il peut aussi correspondre à un épisode persistant de chaleur : températures élevées durablement (indices bio-météorologiques (IBM) proches ou en dessous des seuils départementaux).
La « vigilance orange » correspond à une période de canicule : période de chaleur intense et durable pour laquelle les indices bio-météorologiques atteignent ou dépassent les seuils départementaux et qui est susceptible de constituer un risque sanitaire pour l'ensemble de la population exposée, en prenant également en compte d'éventuels facteurs aggravants (humidité, pollution, précocité de la chaleur, etc.).
La « vigilance rouge » correspondant à une période de canicule extrême : canicule exceptionnelle par sa durée, son intensité, son extension géographique qui présente un fort impact sanitaire pour l'ensemble de la population ou qui pourrait entraîner l'apparition d'effets collatéraux, notamment en termes de continuité d'activité.
Consulter le site Vigilance Météo France
Adapter les horaires : attention aux règles sur le bruit
En période de forte chaleur, commencer plus tôt le matin peut être une bonne solution, mais cette adaptation doit rester compatible avec la réglementation sur le bruit.
En Charente, l’arrêté préfectoral relatif aux bruits de voisinage interdit les travaux bruyants tous les jours de la semaine de 20h à 7h, ainsi que toute la journée des dimanches et jours fériés, sauf intervention urgente.
En pratique, l’entreprise peut donc organiser un démarrage plus matinal, mais elle doit distinguer :
- les tâches non bruyantes qui peuvent préparer la journée ;
- des tâches bruyantes qui ne doivent pas commencer avant l’horaire autorisé.
Avant de modifier les horaires, il est recommandé de vérifier les règles locales applicables notamment en cas de chantier en zone urbaine, en lotissement, à proximité d’habitations, d’un établissement de santé ou d’un hébergement touristique.
Ceci étant, il est possible de solliciter la Mairie du lieu du chantier pour une dérogation à ces horaires et ainsi pouvoir commencer l'activité sur chantier plus tôt.
A l'heure actuelle, la CAPEB Charente a sollicité Monsieur le Préfet de la Charente pour qu'un arrêté permettant, lors des épisodes de canicule, de débuter les travaux bruyant à partir de 6h du matin, sur l'ensemble du département, soit pris dans les meilleurs délais. (évitant ainsi aux entreprises de solliciter individuellement les Mairies).
Sur les chantiers, les bons réflexes à appliquer
Les mesures les plus simples sont souvent les plus efficaces.
L’entreprise doit prévoir de l’eau fraîche en quantité suffisante (3 litres d’eau par jour et par personne).
Il faut aussi organiser des pauses régulières, de préférence à l’ombre ou dans un endroit frais.
Lorsque c'est possible, il est recommandé :
- de commencer plus tôt le matin,
- d’éviter les tâches les plus physiques aux heures les plus chaudes,
- d’utiliser les aides à la manutention,
- de mécaniser les opérations pénibles,
- de créer de l’ombre en réduisant l’exposition directe au soleil.
Équipements et protections
Les vêtements doivent être adaptés : couvrants, légers et de couleur claire.
Il faut protéger la tête, la nuque et les yeux. Des lunettes de sécurité avec filtre UV peuvent être utiles sur certains postes.
Il est également possible d’utiliser des équipements rafraîchissants :
Ces équipements ne remplacent pas les mesures d’organisation. Ils viennent en complément.
Surtout : pas de travaux torse-nu ! et normalement les shorts ne sont pas autorisés lors de risques de projection sur le corps.
Travail en équipe : une vigilance collective
En période de forte chaleur, il faut éviter l’isolement. Le travail en équipe permet de repérer plus rapidement les signes de malaise. Il permet aussi d’alerter les secours sans perdre de temps. Pour connaître et surveiller les signes d’alerte, téléchargez l’affiche de l’OPPBTP
Que dois-je faire en cas de malaise ? En cas de malaise lié à la chaleur, appelez le SAMU au 15 et suivez ses consignes.
Les consignes de l'inspection du Travail
Chaleur et canicule au travail : les précautions à prendre
En cas de forte chaleur, l'employeur est tenu de prendre plusieurs mesures :
Mesures générales :
- Prendre en compte et retranscrire dans le « document unique d’évaluation des risques » les risques liés aux ambiances thermiques et adopter les mesures de prévention permettant d’assurer la santé et la sécurité des salariés ;
- Renouveler l’air de façon à éviter les élévations exagérées de température dans les locaux de travail fermés ;
- Mettre à disposition de l’eau potable et fraîche en quantité suffisante ;
- Fournir aux salariés des moyens de protection contre les fortes chaleurs et/ou de rafraîchissement ;
- Multiplier les pauses, si possible dans un local rafraîchi
Mesures qui s’appliquent au secteur du BTP :
- Mettre à la disposition des travailleurs un local de repos adapté aux conditions climatiques ou aménager le chantier de manière à permettre l’organisation de pauses dans des conditions de sécurité équivalentes ;
- Mettre à disposition des travailleurs trois litres d’eau potable et fraîche au minimum par jour et par salarié ;
- S’assurer que le port des protections individuelles et les équipements de protection des engins sont compatibles avec les fortes chaleurs ;
- Prendre les mesures organisationnelles adéquates pour que les travaux se fassent sans exposer les salariés.
Mesures à appliquer en cas d’alerte "vigilance rouge" par Météo France :
Procéder à une réévaluation quotidienne des risques encourus par chacun des salariés en fonction de la température et de son évolution en cours de journée ; de la nature des travaux devant être effectués, notamment en plein air ou dans des ambiances thermiques présentant déjà des températures élevées, ou comportant une charge physique ; de l’âge et de l’état de santé des travailleurs.
En fonction de cette réévaluation des risques :
- Ajuster l’aménagement de la charge de travail, des horaires et plus généralement de l’organisation du travail pour garantir la santé et la sécurité des travailleurs pendant toute la durée de la période de vigilance rouge. Une attention particulière doit être portée aux femmes enceintes, aux personnes souffrant de pathologies chroniques ou en situation de handicap, etc.
- Décider de l’arrêt des travaux si l’évaluation fait apparaître que les mesures prises sont insuffisantes, notamment pour les travaux accomplis à une température très élevée et comportant une charge physique importante, par exemple travaux d’isolation en toiture ou de couverture, manutention répétée de charges lourdes.
Vous trouverez dans le lien suivant les mesures de prévention à mettre en place par l’employeur, les bons gestes à adopter au travail et toutes les ressources utiles sur ce sujet.
Dans le cas où cette liste de mesures ou actions de prévention contre les risques professionnels liés aux épisodes de chaleur intense n’est pas définie, l’inspection du travail dispose de la possibilité de mettre en demeure l’employeur de l’établir.
Apprentis et jeunes travailleurs : une attention renforcée
Les jeunes travailleurs doivent faire l’objet d’une vigilance particulière. Les apprentis mineurs ne doivent pas être affectés à des travaux exposés lors du niveau de vigilance rouge Météo-France.
Et de façon générale la mauvaise hygiène de vie est un facteur aggravant en cas de forte chaleur et d’activité physique… la vigilance s’impose envers les publics les plus fragiles.
Attention aussi au risque de départ de feu
Sur un chantier, plusieurs situations peuvent devenir sensibles : végétation sèche à proximité, stockage de matériaux combustibles, poussières, solvants, gaz, bouteilles, câbles électriques, matériels qui chauffent, travaux de soudage, meulage, découpe ou étanchéité à la flamme.
Les travaux dits « par points chauds » doivent faire l’objet d’une vigilance particulière.
Les bons réflexes à appliquer :
- dégager la zone de travail des matériaux combustibles ;
- éloigner les cartons, emballages, isolants, bois, solvants et produits inflammables ;
- humidifier ou protéger les zones sensibles lorsque c’est nécessaire ;
- vérifier l’état des rallonges, enrouleurs, batteries et branchements électriques ;
- éviter de laisser du matériel en plein soleil ;
- prévoir un extincteur adapté à proximité du poste de travail.
En période de canicule, il est donc utile d’ajouter une question au briefing du matin : existe-t-il aujourd’hui un risque particulier d’incendie sur ce chantier ?
Cette vérification rapide peut éviter un accident grave.









