Chaque année, la CAPEB Pays de la Loire interroge les artisans de la région pour prendre le pouls de l'économie. C'est l'occasion de savoir comment se porte vraiment le secteur du bâtiment sur notre territoire.

BAROMETRE DE CONJONCTURE PAYS DE LA LOIRE 2026

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Coûts en hausse, marges en baisse : les entreprises artisanales du bâtiment au pied du mur

Chiffre d’affaires, marges, trésorerie, carnets de commandes : le baromètre de conjoncture 2026 de la CAPEB Pays de la Loire révèle les indicateurs d’une année difficile pour les artisans du bâtiment. Si dans la région une partie des entreprises maintient son activité, une sur trois voit son chiffre d’affaires reculer. Sur tout le territoire, la hausse des prix des matériaux et de l’énergie pèse sur la rentabilité : il faut remonter à 2015 pour trouver autant d’entreprises dont la trésorerie recule.


72 %

  • des entreprises estiment que la conjoncture fragilise leur activité ou la met en péril. Elles étaient 64 % en 2025.

UNE ACTIVITÉ FRAGILE, UNE RENTABILITÉ EN BERNE

Derrière une apparente stabilité, les situations sont très contrastées : le chiffre d’affaires tient pour une partie des entreprises, mais la dégradation est surtout financière, avec des marges et des trésoreries en net recul.

UN CHIFFRE D’AFFAIRES SOUS PRESSION

  • 34 % voient leur CA diminuer. (35 % en 2025)
  • 75 % des entreprises n’ont pas vu leur CA augmenter cette année.

DES MARGES EN BAISSE POUR QUATRE ENTREPRISES SUR DIX

  • 41% des entreprises voient leur marge baisser (31 % en 2025)
  • 48 % des entreprises ont une marge stable (55 % en 2025).

UNE TRÉSORERIE AU PLUS BAS DEPUIS 2015

  • 43 % des entreprises ont une trésorerie en baisse. (36 % en 2025)
  • Seules 13 % voient leur trésorerie progresser.

UNE VISIBILITÉ QUI SE RÉDUIT SUR LES CARNETS DE COMMANDES

  • 54 % des entreprises ont une visibilité sur leurs carnets de commandes réduite à moins de 3 mois (49 % en 2025)
  • Seules 12 % ont plus de 6 mois de travail devant elles (17 % en 2025).

LA HAUSSE DES PRIX, PREMIER FACTEUR DE FRAGILISATION

En 2025, l’instabilité politique et la baisse du pouvoir d’achat des ménages figuraient parmi les principales sources d’inquiétude. En 2026, la hausse des prix des matières premières, des matériaux et de l’énergie s’impose au premier plan, avec le pouvoir d’achat.

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  • 77 % se disent directement touchées par la hausse du prix des matériaux, particulièrement les métaux, plastiques, tuiles/briques.
  • Les tensions sur les approvisionnements s’ajoutent aux prix : 12 % des entreprises signalent des retards, des ruptures ou des livraisons impossibles, plus du double par rapport à 2025.

DES ENTREPRISES QUI S'ADAPTENT SOUS CONTRAINTE

RÉPERCUTER LES HAUSSES : UN ÉQUILIBRE DIFFICILE POUR PRÉSERVER LES MARGES

Face à la hausse des coûts des matériaux, les entreprises avancent avec prudence : seule une entreprise concernée sur six a répercuté intégralement la hausse sur ses devis.
Tout l’enjeu est de préserver ses marges, sans fragiliser une demande déjà freinée par les tensions sur le pouvoir d’achat des ménages.

  • Près d'une entreprise sur deux qui n’a pas encore répercuté la hausse des prix des matériaux voit sa marge baisser.

Mais, parallèlement, on observe que les entreprises qui répercutent les hausses des coûts sur leurs devis ont une visibilité sur leurs carnets de commandes plus courte (majoritairement à moins de 3 mois).

DES PRIX DE VENTE CONTENUS

En 2026, 60 % des artisans constatent une hausse du prix des travaux, mais seuls 24 % déclarent augmenter leurs prix de vente.

  • L’écart se creuse entre l’augmentation du prix des travaux et les répercussions sur les prix de vente.
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  • 54 € HT, le prix de vente horaire moyen (52 € en 2025, 42 € en 2015)

Les entreprises semblent ainsi chercher un point d’équilibre entre la nécessité de préserver leurs marges et celle de rester accessibles à leurs clients.

Dans un contexte de pression sur le pouvoir d’achat, la capacité à répercuter pleinement la hausse des coûts reste donc limitée, faisant de la maîtrise des marges un exercice particulièrement délicat pour les entreprises.

DES ARTISANS QUI RATIONALISENT LEURS DÉPENSES

Les chef(fe)s d’entreprise réagissent : neuf entreprises sur dix ont pris au moins une mesure face à la conjoncture (précisément 91 %, contre 83 % en 2025). Le travail sur les prix et les marges progresse le plus : 40 % des entreprises s’y attellent, contre 28 % en 2025.

(Part des entreprises ayant pris chaque mesure en 2026)

Les artisans se mobilisent, ils...

  • Revoient leurs prix et leurs marges (40 %)
  • Négocient avec leurs fournisseurs (25 %)
  • Suivent de plus près leur trésorerie (24 %)
  • Renforcent leur communication et leur prospection (19 %)

Les artisans réduisent la voilure, ils...

  • Reportent un investissement (17 %)
  • Refusent certains chantiers (16 %)
  • Réduisent ou réorganisent leurs équipes (10 %)

62 km, c'est la d****istance moyenne d’intervention maximale. Le périmètre se resserre de façon record par rapport aux dix dernières années. Après plusieurs années d’extension géographique, les entreprises se recentrent sur leur secteur de proximité.

DES CHEF(FE)S D’ENTREPRISE SOUS PRESSION

  • 68 % des chef(fe)s d’entreprise sont inquiets ou tendus (+ 10 pts en 2 ans). L’équilibre entre vie pro et vie perso continue aussi de se dégrader.
  • 21% des entreprises envisagent de cesser leur activité : ce taux augmente pour la troisième année consécutive, et atteint son niveau le plus élevé depuis 2015.
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Le choix personnel rejoint désormais le départ en retraite parmi les motifs d’arrêt. Après avoir bondi en 2025, la part des cessations pour motif économique se stabilise à un niveau élevé. Cette perspective fait de la transmission un enjeu à court terme pour préserver les savoir-faire et l’emploi local, d’autant que plus de deux entreprises sur trois n’ont pas de repreneur identifié, une part en forte hausse depuis deux ans.

LA SOUS-CHARGE GAGNE DU TERRAIN

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  • 1 entreprise sur 5 s’attend à manquer d’activité dans les six mois.
  • Près d’1 entreprise sur 3 ne parvient pas à évaluer sa charge de travail à venir.

EMPLOI : DES INTENTIONS D’EMBAUCHE EN RETRAIT

  • 25 % des entreprises souhaitent recruter dans les six mois (29 % en 2025).
  • 34 % des entreprises ont recruté cette année (soit un tiers), un chiffre stable.

RÉNOVATION ÉNERGÉTIQUE ET ACCESSIBILITÉ : DES RELAIS DE CROISSANCE À CONFORTER

La rénovation énergétique et l’adaptation des logements devraient naturellement porter l’activité des entreprises artisanales. L’enquête 2026 montre au contraire que ces marchés restent figés, voire bloqués.

  • 55 % des entreprises réalisent des travaux de rénovation énergétique (57 % en 2025). Cela représente en moyenne un tiers de leur activité, une part stable depuis 2021. Trois entreprises sur quatre sont RGE (76 %, contre 80 % en 2025).
  • 35 % des entreprises réalisent des travaux d’accessibilité ou d’adaptation des logements. Le nombre d’artisans labellisés Handibat / Silverbat est en hausse (+ 3 points).

Depuis 2021, la part de la rénovation énergétique dans l’activité reste comprise entre 34 et 36 %. Moins d’une entreprise sur quatre voit dans la demande de rénovation énergétique une opportunité. Les suspensions et changements de règles successifs de MaPrimeRénov’ n’ont aidé ni les ménages à s’engager, ni les entreprises à se projeter, ni le marché à exister.

Un signal plus encourageant se dessine : 13 % des entreprises voient une opportunité dans l’accès à de nouveaux marchés, comme la rénovation énergétique ou l’accessibilité et l’adaptation des logements, contre 9 % en 2025. Le réchauffement climatique et le vieillissement de la population font de l’adaptation des logements un marché d’avenir, où le savoir-faire et la proximité des entreprises artisanales sont des atouts.


UN SENTIMENT DE SOLITUDE, UNE VOLONTÉ DE REBONDIR

LA NOTE DE CONJONCTURE AU NIVEAU LE PLUS BAS DEPUIS 10 ANS

La conjoncture ressentie et la conjoncture calculée atteignent en 2026 leur plus bas niveau. La hausse des prix pèse sur les marges et les trésoreries, et la sous-charge gagne du terrain. Les entreprises artisanales du bâtiment encaissent le choc, le plus souvent seules.
Une partie d’entre elles tient son activité en absorbant la hausse des coûts ; d’autres sont déjà en grande difficulté. 68% se déclarent inquiètes ou tendues et 7 % estiment que la conjoncture met leur entreprise en péril.

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« Pour mon cas, je force le développement, ce qui génère un accroissement par rapport à l’année dernière. Ce n’est donc pas, pour moi, la conjoncture qui me génère plus d’activité. Mais je peux comprendre que des entreprises aient plus de mal. (…) De mon côté, je travaille sur la réduction des charges de l’entreprise, tout en essayant de conserver les dépenses de développement. »

– Entreprise d’isolation

DES LEVIERS EXISTENT À CONDITION DE LEVER LES OBSTACLES QUI LES FREINENT

La rénovation énergétique et l’accessibilité devraient être des marchés porteurs, mais l’instabilité des règles étouffe ces opportunités. Faute de cadre lisible, les entreprises ne comptent que sur elles-mêmes : neuf sur dix ont pris au moins une mesure pour s’adapter.
Pour deux artisans sur trois, la fidélité des clients réguliers est la première opportunité, un atout qui ne suffit pas à lui seul.

Pour investir, recruter et former, les entreprises ont besoin de visibilité : des règles stables pour les aides à la rénovation, un meilleur suivi des prix des matériaux et un accès facilité aux marchés locaux.
La CAPEB continuera de porter ces demandes, pour que les artisans ne restent pas seuls face à la crise.


Enquête réalisée du 27 août au 16 septembre 2026, auprès des entreprises artisanales du bâtiment adhérentes aux CAPEB des Pays de la Loire.